Association de Sauvegarde des Petits
Ouvrages de Laudrefang et Téting
Un peu d'histoire
Le Petit Ouvrage de Laudrefang

Le Petit Ouvrage de Laudrefang est l'un des 53 ouvrages de la ligne Maginot dans le nord-est.
 
Servi par un équipage de 270 hommes, il est le plus important ouvrage du secteur fortifié de Faulquemont.
 
Il se compose de 5 blocs de combat, dont 4 sont reliés par une galerie souterraine qui permet également d'accéder aux locaux de vie : caserne, infirmerie, cuisine, usine électrique.

Le Bloc 3 du PO de Laudrefang de nos jours.

Le Bloc 3
 
Le Bloc 3, celui que l'ASPOLT restaure, n'est pas relié par galerie au reste de l'ouvrage. Il y a pourtant bien un escalier qui descend à 40 mètres sous terre, mais il s'avère que la galerie n'a jamais été creusée du fait de la présence d'une nappe phréatique entre le Bloc 3 donc, et le reste de l'ouvrage à 300 mètres de là.
 
Du fait de son relatif isolement, le Bloc 3 a été conçu comme un véritable petit fortin autonome et l'on y retrouve tout ce qui caractérise un petit ouvrage : usine électrique lui fournissant son courant, salle des filtres utilisée en cas d'attaque aux gaz, citernes d'eau, chambrées, toilettes, magasins à munitions, etc. mis en œuvre par un équipage de 67 hommes commandés par le Lieutenant Choné.
 
À cela s'ajoutaient évidemment les armements :

La cloche GFM du Bloc 2 du PO de Laudrefang témoigne de la violence des combats.
Historique du PO de Laudrefang
 
Le 10 mai 1940, l'Armée allemande déclenche son offensive à l'ouest. La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg sont envahis. Vient alors le tour de la France.
 
Alors que l'Armée française tente tant bien que mal de résister à cette attaque, la ligne Maginot est peu à peu dégarnie de ses hommes et de ses moyens d'appui, les troupes mobiles étant au fur et à mesure prélevées pour aller se battre là où les soldats allemands progressent.
 
La défense de la frontière nord-est devenue finalement inutile, le 13 juin 1940, à 22 heures, tous les régiments occupant la ligne Maginot (intervalles, ouvrages) reçoivent l'ordre d'évacuer et de battre en retraite vers les Vosges selon un plan établi.
 
Les équipages des ouvrages doivent ainsi rester en place jusqu'au 17 juin pour couvrir la retraite du reste des hommes : les troupes mobiles doivent se replier le 13 juin, les troupes occupant les casemates d'intervalle le 15 juin.
 
Ce repli se fait tant bien que mal.
 
Néanmoins, le 16 juin, alors que seuls les équipages des ouvrages sont encore en place, l'Armée allemande encercle le secteur fortifié de Faulquemont ainsi que l'ensemble de la ligne Maginot.
 
Ne pouvant donc plus évacuer, les équipages décident de se battre.
 
Dès le 16 juin 1940, le Petit Ouvrage de Laudrefang subit des bombardements. Les projectiles viennent de tous les côtés, notamment des arrières où l'ennemi a installé, sur la ligne de crête, plusieurs canons. Dès le début des combats, au Bloc 2, le Caporal-chef Jean Gauer décède à la suite d'un coup porté sur l'un des créneaux de la cloche GFM dans laquelle il était en poste.
 
Au Bloc 3, la situation n'est pas meilleure : "Ma tourelle a fait du tir automatique toute la nuit. Cela rassure les hommes et dissuade l'adversaire de venir rôder dans mes barbelés. [...] J'ai repéré sept pièces [allemandes] en batterie entre la ferme de Brandstuden et la cote 400. Ils m'ont déjà tordu un canon de mitrailleuse et leurs obus arrachent des morceaux de béton deux fois gros comme une tête !" relate le Lieutenant Choné, en charge du Bloc 3, lors d'une conversation téléphonique avec le Lieutenant Vincent, au PC de l'ouvrage. Par ailleurs, la lunette de tir de la tourelle de mitrailleuses est détruite par un coup au but et des copeaux d'acier empêchent la tourelle de s'éclipser entièrement.
 
Les bombardements débutent à 5h30 le matin pour ne finir que vers 21h00.
L'équipage du Bloc 3, invaincu, le 26 juin 1940.
À la fin de la journée du 21 juin, on compte "94 coups sur la tourelle et les cloches en sept minutes". Pour autant, malgré la mise à mal de la chambre de tir d'infanterie, la chambre de tir des deux mortiers de 81mm, juste en dessous, est intacte et ces derniers empêchent toute infiltration au niveau du PO de Téting, 2km plus au sud.
 
Le Bloc 1 est aussi bombardé de façon intensive ; la chambre de tir d'infanterie est quasiment détruite et on compte dans la journée du 22 juin un coup de 88mm par minute. La veille, les deux mortiers de 81mm du bloc ont mis en déroute les soldats allemands qui attaquaient le PO de l'Einseling. Malgré la mise hors service de l'un des deux mortiers le 22 juin, le Bloc 1 empêche jusqu'au bout toute reprise des assauts contre l'Einseling.
 
Les combats cessent au moment de l'entrée en vigueur de l'armistice, le 25 juin à 0H35.
 
Au secteur fortifié de Faulquemont, le Laudrefang, ainsi que l'Einseling et le Téting, ne se rendent à l'Armée allemande le 2 juillet 1940 sur ordre du Haut commandement français.

Quelques photos d'époque, période 1939-1940 et juste après guerre
L'équipage du Bloc 3 du PO de Laudrefang, juste après l'armistice. On reconnaît au centre le Lieutenant Choné (commandant du bloc), en col blanc. À l'arrière, on distingue la tourelle de mitrailleuses en batterie, et à droite, la cloche GFM sud d'où sort un mortier de 50mm.
Autre photo des soldats du Bloc 3. À l'arrière-plan, on y voit cette fois-ci la cloche GFM nord, dont il ne reste aujourd'hui un morceau puisqu'elle a été détruite suite à des essais d'explosifs (allemands ou américains) pendant la guerre.
Au lendemain de l'armistice, le 25 juin 1940, les hommes prennent l'air après avoir été enfermés de longues semaines à l'intérieur du Bloc.
Vu d'ensemble du Bloc 3 du PO de Laudrefang, le 25 juin 1940. L'état du Bloc et du terrain montre la violence des bombardements.
Autre vue montrant le terrain bouleversé devant le Bloc 3.
L'équipage a installé devant le Bloc 3 une cuisinière, probablement récupérée au village de Laudrefang durant la Drôle de Guerre, entre septembre 1939 et mai 1940.
La grille d'entrée du Bloc a été pulvérisée par les bombardements.
Autre vue de la grille d'entrée. Le maréchal des logis Blanchard prend la pose.
Les sous officiers du Bloc 3 : de gauche à droite, Courtadon, Choné (commandant le Bloc 3), Lenoir et Cointet.
Intérieur de la chambre du Lieutenant Choné, le 1 juillet 1940.
Le Bloc 3, une fois l'équipage envoyé en captivité en Allemagne, est occupé par les troupes allemandes.
En septembre 1945, Emile Choné prend cette photo des arrières du Bloc 3 ; on distingue en contrebas le village de Laudrefang, et en face, la ferme Brandstuden ainsi que la ligne de crête sur laquelle, en 1940, les unités allemandes avaient implanté leur artillerie pour pilonner les ouvrages.
Le Lieutenant Choné pose devant la chambre de tir du Bloc 3, avec son frère, en septembre 1945 …
… ainsi que sur la tourelle de mitrailleuses. On apercçoit, à l'arrière, la ferme Monplaisir.
Plan de tirs du Bloc 3 du PO de Laudrefang. Le reste de l'ouvrage se trouve 300mètres à l'ouest.

Photos du Bloc 3, état actuel en cours de revalorisation
Le Bloc 3, état actuel. On constate, sur le haut à gauche, l'absence de la cloche Guetteur et Fusil-Mitrailleur que l'on distingue sur les photos d'époque.
La cloche GFM sud a été repeinte comme à l'époque. On y voit ainsi les feux créneaux sur le dessus.
Les impacts sur la tourelle de mitrailleuses témoignent de l'acharnement des unités allemandes sur cette pièce maîtresse du Bloc 3. Elle ne fût pourtant jamais mise hors de combat, grâce à son blindage de 30cm.
Les créneaux de tir et d'observation de la tourelle de mitrailleuses.
Le réseau de barbelés, pour la défense rapprochée de l'ouvrage, est encore intact à certains endroits.
Un morceau de la cloche GFM nord a été retrouvé par l'ASPOLT lors du nivellement du terrain devant le Bloc 3. Les autres morceaux ont probablement été ferraillés. Cette cloche a été détruite suite à des essais d'explosifs (américains ou allemands) pendant la guerre.
En haut, les deux créneaux de tir de la chambre de tir d'infanterie. En bas, les deux créneaux pour mortiers de 81mm.
L'intérieur de la chambre de tir d'infanterie, entièrement restaurée par l'ASPOLT et en partie rééquipée.
L'étage inférieur de la tourelle de mitrailleuses.
Autre vue de l'étage inférieur de la tourelle de mitrailleuses.
L'étage inférieur, vu depuis le contrepoids. La tourelle de mitrailleuses pèse 96 tonnes, dont 60 tonnes de partie mobile. La tourelle pouvait être mise en batterie puis éclipsée électriquement ou manuellement. De même pour la rotation.
L'étage intermédiaire de la tourelle. C'est de là que les servants povaient notamment envoyer les munitions au poste de tir, situé au-dessus.
Autre vue de l'étage intermédiaire et de l'accès à l'avant cuirasse.
Le premier sous-sol du Bloc 3. Sur les tables, les soldats pouvaient manger et jouer, lire le journal pour passer le temps.
L'un des deux seuls toilettes du Bloc 3.
La chambre de tir des mortiers de 81mm. L'un a pu être remis en place par l'association, grâce à un prêt du musée de l'Artillerie de Draguignan.
La salle des filtres. En période de combat, le Bloc était fermé de façon étanche, de façon à créer une légère surpression, afin d'évacuer les gaz de tir des armes vers l'extérieur et d'empêcher l'air extérieur, potentiellement gazé, de rentrer. L'air extérieur ne pouvait donc rentrer que par les conduits d'aération, et en cas d'attaquer au gaz, était préalablement nettoyé par ces filtres.
Une des chambrées pour l'équipage, repeinte dans ses teintes d'origine. Les matelas ne sont pas en place.

Photos du Bloc 3 avant sa récupération

Sébastien RAO Nombre de visiteurs : 58952 ASPOLT (Association de Sauvegarde des Petits Ouvrages de Laudrefang et Téting) 2007