Le petit ouvrage de Laudrefang

Le Petit Ouvrage de Laudrefang est l’un des 53 ouvrages de la ligne Maginot dans le nord-est et l’un des 5 du Secteur Fortifié de Faulquemont. Servi par un équipage de 285 hommes, il est d’ailleurs le plus important ouvrage du secteur.

Le P.O. de Laudrefang se compose de 5 blocs de combat, dont 4 sont reliés par une galerie à 30 mètres sous terre où se trouvent également les oeuvres vives : casernement, infirmerie, poste de commandement, cuisine, usine électrique.

Le Bloc 3

Le Bloc 3, celui que l’ASPOLT restaure, n’est pas relié par galerie au reste de l’ouvrage. Il y a pourtant bien un escalier qui descend à 40 mètres sous terre, mais il s’avère que la galerie n’a jamais été creusée du fait de la présence d’une nappe phréatique entre le Bloc 3 donc, et le reste de l’ouvrage à 300 mètres de là.

Du fait de ce relatif isolement, le Bloc 3 a été conçu comme un véritable petit fortin autonome et l’on y retrouve tout ce qui caractérise un petit ouvrage : usine électrique lui fournissant son courant, salle des filtres utilisée en cas d’attaque aux gaz, citernes d’eau, chambrées, toilettes, magasins à munitions, etc. mis en œuvre par un équipage de 67 hommes commandés par le sous-lieutenant Choné.

À cela s’ajoutaient les armements :

  • une tourelle de mitrailleuses (2 mitrailleuses MAC 31 Reibel 7,5mm et un canon antichars de 25mm),
  • deux cloches Guetteur et Fusil-Mitrailleur (GFM) pour mortier de 50mm, fusil-mitrailleur 1924/29 et instruments d’optique,
  • une chambre de tir d’infanterie pour deux jumelages de mitrailleuses MAC 31 Reibel 7,5mm et un canon antichars de 47mm,
  • une chambre de tir d’artillerie pour deux mortiers de 81mm d’une portée de 3600 mètres couvrant le PO de Téting,
  • divers armements de défense rapprochée (fusils-mitrailleurs, goulotte lance-grenade pour la défense du fossé diamant).

Historique du P.O. de Laudrefang

Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne qui, 2 jours plus tôt, a lancé une offensive en Pologne. C’est le début de la Seconde Guerre Mondiale. La ligne Maginot est immédiatement occupée par les troupes de forteresse pour couvrir la mobilisation et parer à toute attaque surprise venant de l’Allemagne.

Toutefois, en dépit de quelques escarmouches, aucun combat n’a lieu sur la frontière jusqu’au 10 mai 1940, date de l’offensive allemande sur l’Europe de l’Ouest. La Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France sont alors attaqués et progressivement envahis.
Les armées françaises et alliées sont très vite mises en déroute. La défense de la frontière avec l’Allemagne devenue finalement inutile, le 13 juin 1940, les troupes d’intervalles situées sur les arrières de la ligne Maginot reçoivent l’ordre d’évacuer vers les Vosges.Les équipages des ouvrages doivent quant à eux tenir jusqu’au 17 juin pour couvrir ce repli puis celui, le 15 juin, des troupes occupant les casemates d’intervalles.

Le 16 juin cependant, alors que les équipages ont débuté le sabordage des ouvrages, les troupes allemandes sont repérées sur les arrières. Le PO de Téting tire sur des éléments ennemis s’approchant du village de Téting-sur-Nied. Il est bombardé en retour. Force est de constater qu’il n’est plus possible d’évacuer le secteur et qu’il faut tenir.

Le 18 juin 1940, un officier allemand accompagné de deux soldats se présente au Petit Ouvrage de Laudrefang où se trouve le Commandant Denoix, en charge du Secteur Fortifié de Faulquemont. Yeux bandés, ils sont amenés au fond de l’ouvrage. L’officier allemand exige du Commandant la rédition des 5 ouvrages du Secteur. Le Commandant refuse catégoriquement de recevoir un ordre quelconque d’un officier ennemi et lui fait savoir que les équipages se défendront contre toute attaque. L’officier allemand l’informe alors que les ouvrages seront bombardés le jour-même à compter de 18h00.

La cloche GFM du Bloc 2, de nos jours

Effectivement, à partir de 18h00, le Petit Ouvrage de Laudrefang subit des bombardements. Les projectiles viennent de tous les côtés, notamment des arrières où l’ennemi a installé, sur la ligne de crête, plusieurs canons. Dès le début des combats, au Bloc 2, le Caporal-chef Jean Gauer décède à la suite d’un coup porté sur l’un des créneaux de la cloche GFM dans laquelle il était en poste.

Au Bloc 3, la situation n’est pas meilleure : « Ma tourelle a fait du tir automatique toute la nuit. Cela rassure les hommes et dissuade l’adversaire de venir rôder dans mes barbelés. […] J’ai repéré sept pièces [allemandes] en batterie entre la ferme de Brandstuden et la cote 400. Ils m’ont déjà tordu un canon de mitrailleuse et leurs obus arrachent des morceaux de béton deux fois gros comme une tête ! » relate le Sous-Lieutenant Choné lors d’une conversation téléphonique avec le Lieutenant Vincent, au PC de l’ouvrage. Par ailleurs, la lunette de tir de la tourelle de mitrailleuses est détruite par un coup au but et des copeaux d’acier empêchent la tourelle de s’éclipser entièrement.

À la fin de la journée du 21 juin, Choné compte « 94 coups sur la tourelle et les cloches en sept minutes ». Pour autant, la chambre de tir des deux mortiers de 81mm, juste en dessous, est intacte et ces derniers mettent en échec plusieurs assauts ennemis sur le Petit Ouvrage de Téting, à 2km au sud.

Jean Vindevogel, observateur dans la cloche GFM nord, relate les combats dans son livre (aujourd’hui édité et disponible à la vente): « Sur notre flanc gauche par rapport à l’assaillant, l’ouvrage de Téting, attaqué par l’infanterie ennemie, demande une aide immédiate ! En un temps record, l’aspirant Turlot, le brigadier Braem et le calculateur Pottier constituent les éléments de tir pour les deux mortiers de 81mm. Déjà, le Maréchal des logis Hilaire a alerté les équipes de pièce qui occupent leur poste de combat autour des affûts. A l’étage en-dessous, les artificiers amorcent des bombes et les placent dans les norias qui les ramènent automatiquement dans la chambre des mortiers. Le conduit acoustique qui descend du P.C. apporte l’ordre de détente et le gisement de l’objectif. Tir normal ! Pointeur prêt. La culasse s’est refermée sur le premier projectile qui part aussitôt pour une trajectoire parfaite de 3000m. Il y a deux minutes que le Téting a lancé son S.O.S. !…Les deux pièces débitent chacune 36 bombes à une cadence rapide. […] L’attaque est stoppée net ! […] A Téting, l’équipage doit bénir les artilleurs du Bloc 3 ! »    

Le Bloc 1 est lui aussi pilonné de façon intensive ; sa chambre de tir d’infanterie est quasiment détruite et on compte dans la journée du 22 juin un coup de 88mm allemand par minute. La veille, les deux mortiers de 81mm du Bloc ont mis en déroute les soldats allemands qui attaquaient le PO de l’Einseling à 2km au nord. Malgré la mise hors service de l’un des deux mortiers le 22 juin, le Bloc 1 empêche jusqu’au bout toute reprise des assauts contre l’Einseling.

Devant le bloc 1, après les combats

L’Armistice et la captivité         

Finalement, le 25 juin 1940 à 0h35, l’Armistice entre en vigueur. La France est vaincue, l’Allemagne victorieuse. Au Secteur Fortifié de Faulquemont et ailleurs sur la ligne Maginot cependant, les équipages tiennent encore. Le drapeau français flotte sur les ouvrages.

Ainsi, ces combattants sont soulagés. Le 25 juin au matin, ils sortent des ouvrages. Au Laudrefang, comme au Téting et à l’Einseling, cela fait plus de 8 jours qu’ils n’ont pas vu la lumière du jour. Ils profitent du beau temps, sortent des chaises, des tables, vont cueillir fruits et légumes aux abords des réseaux de barbelés. La vie reprend. Invaincus, ils attendent désormais de savoir quand ils pourront regagner leur foyer.

Devant le bloc 3, l’équipage prend l’air après l’entrée en vigueur de l’Armistice

Le 2 juillet 1940 pourtant, c’est la douche froide. Les équipages du Secteur Fortifié de Faulquemont et les quelques 22000 hommes tenant encore la ligne Maginot sont en effet constitués prisonniers de guerre. C’était l’une des conditions requises par l’Etat-Major allemand lors de la signature de l’Armistice.

Les soldats français sont alors emmenés en camps de prisonniers en Allemagne, ils ne rentreront au pays que lors de la libération en 1945.

Jours
Heures
Minutes

Avant la commémoration des 80 ans des combats